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Le site de l’association Lumière dans la rue, présidée par Janic Guillerez. Administratrice des Salauds de Pauvres.
Article de Gabriel Vialy - Journaliste, Responsable éditorial du Comité Pauvreté & Politique
mercredi 11 octobre 2006
par Administrateur

L’itinéraire d’un enfant de l’Assistance, taulard, SDF, éducateur et travailleur social

  Le Livre de Jacques Deroo - Educateur & travailleur social

 

Jacques Deroo, un parcours exemplaire

 Entre un père alcoolique vivant de petits larcins et une mère immature qui boucle ses fins de mois avec quelques passes, la vie de Jacques Deroo était toute tracée. L’Assistance publique et son cortège de familles d’accueil plus ou moins bien intentionnées, les chapardages et les centres de correction feront le reste. Comment trouver sa place dans un monde qui vous a ainsi marqué au fer ?

Alors commence une vie d’aventures pour Jacques. A la fin de sa quatorzième années, inculpé de plusieurs petits cambriolages, il écope d’un mois de prison. À sa sortie, il passe et obtient deux CAP, un de serrurerie et l’autre de soudure. Il trouve un travail d’abord à EDF puis à Esso comme soudeur. Ensuite, grâce à un de ses copains, il se fait embaucher par l’entreprise Hecht de Montélimar ce qui le conduit durant plusieurs années à parcourir toute la France jusqu’au jour ou… une rencontre inopinée avec un brocanteur dans un café des Puces de Clignancourt lui permet d’exercer ses capacités de serrurier pour remettre en état des serrures anciennes.

 

Cette nouvelle vie donne rapidement à Jacques l’envie de se lancer dans la brocante. Jacques crée une SARL et loue un stand au Marché aux Puces. Les affaires tournent bien. Rapidement, il se retrouve propriétaire de deux pavillons et de sept camions...

Il faut dire que la marchandise ne lui manque guère. Jacques ne trouve rien de mieux que de s’approvisionner auprès du patrimoine artistique français en cambriolant les Châteaux faisant partie des Monuments Historiques de l’Etat ! L’aventure s’achève une fois de plus devant un tribunal. Le verdict est sévère et certainement injustifié : 11 ans de prison ferme.

Libéré en novembre 1984 après sept ans et demi de détention, Jacques est complètement désorienté : " J’étais paumé. Je ne savais plus ce que je devais faire. Reprendre un flingue ou tout laisser tomber et me ranger en essayant de repartir du bon pied." Dans un premier temps, il ne trouve que la bouteille comme compagne de ses interrogations. Mais très vite pour Jacques, la boisson et les cuites ne peuvent s’avérer des réponses acceptables, alors, c’est la délinquance, la prison, la rue avec l’alcool pour unique échappatoire. Jacques Deroo est devenu SDF.

Grâce à quelques rencontres, grâce à l’Armée du Salut, il reprend pied. Dans les centres d’hébergement, il attrape le « virus du social », se transforme en homme de terrain, fait la connaissance de Patricia. Il commence une nouvelle vie, guère moins effroyable que la précédente, mais, cette fois-ci, il a un objectif : s’en sortir ; et s’en sortir avec et pour les autres. C’est ce parcours que Jacques Deroo nous raconte. Récit d’une résurrection, Salauds de Pauvres ! est, en même temps, un témoignage sur l’exclusion, la violence urbaine, et un réquisitoire qui ne dissimule pas que l’humanitaire est également un business gangrené autant par les querelles de pouvoir que par l’injustice. Aujourd’hui, éducateur et travailleur social, au cœur de l’action sur les problèmes de logement et la lutte contre la misère, Jacques Deroo partage son existence entre ses deux familles, celle du cœur – sa femme et ses trois filles – et ces Salauds de Pauvres (l’expression appartient à Marcel Aymé dans La Traversée de Paris) pour lesquels il se bat.

 Gabriel Vialy 

Journaliste


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